mardi 30 novembre 2010

Suis Investi Dans l'Avenir (SIDA) ... Quelle chance j'ai!

Quand on parle de chance, on fait souvent référence au hasard. Mais ici, c'est plutôt de la chance "pure" dont il est question. Celle qui fait qu'aujourd'hui, je peux profiter de la vie en pleine possession de mes moyens, en relative bonne santé, rescapé de la grande razzia qui m'a fait perdre des dizaines d'amis et de proches au cours des années 1980 et 1990 : le SIDA. 
En cette veille de la Journée Mondiale du SIDA, je ne peux m'empêcher de me remémorer certains épisodes épiques de ma vie où les risques étaient quotidiens, mais sans qu'on le sache réellement ou qu'on le soupçonne véritablement. J'ai commencé ma vie active comme "gai" avant même que le mot soit inventé! Je me suis engagé dans cet univers un peu fou en 1971-1972, alors que j'avais à peine 17 ans, dans la ville de Québec qui, malgré les apparences, proposait une grande variété d'endroits où découvrir la faune masculine qui partageait les mêmes affinités.

Les années 1970 étaient celles de la libération sexuelle, avec les festivals  Woodstock, les communes qui poussaient comme des champignons, la musique rock et le disco, la sexualisation des publicités, l'ouverture sur le monde extérieur et l'amélioration des télécommunications. On sentait bien qu'il se passait quelque chose, ici comme ailleurs dans le monde, et le milieu gai était déjà reconnu pour son avant-gardisme et son ouverture aux nouvelles tendances dans plusieurs domaines.

Il ne fallut donc pas beaucoup de temps avant que je découvre tous les éléments de plaisir et de satisfaction de ma curiosité insatiable à l'époque. Du haut de ma jeunesse et de ma naîveté, je découvrais un univers qui me semblait tellement imperméable aux dangers et aux interdits. Avec mon arrivée à Montréal, en 1973, pour compléter un Bac. sp. en communications à l'UQAM (la première cuvée), je me retrouvais du même coup au coeur d'un milieu cosmopolite et libertaire quant aux moeurs et à la manière d'être des individus. 

Je fus rapidement emporté dans un tourbillon social et culturel qui me permettait de vivre pleinement ce que j'étais, de me sentir libre de mes actions et de mes pensées, et surtout de me laisser aller totalement à mes pulsions sexuelles sans me poser la moindre question sur les impacts possibles sur ma santé ni sur ma vie. Comment une activité aussi "heureuse" pouvait-elle comporter le moindre risque? 

Les Jeux Olympiques de 1976 à Montréal m'ont fait atteindre l'apothéose de ma vie sexuelle alors que, équipé d'un laisser-passer universel pour les sites de compétition en tant que technicien à l'emploi de l'Office de radio-télévision des Olympiques (ORTO), j'avais accès aux plus beaux jeunes spécimens masculins de la planète qui, bien souvent eux aussi, voyaient une occasion unique de pouvoir réaliser leurs pulsions cachées ou refoulées avec un jeune Québécois qui leur permettait de se payer du plaisir assuré, facilement et sans trop de risque.

C'est ainsi que, comme je me plais souvent à me le rappeler, j'ai fait "le tour du monde en 21 jours", visitant des dizaines de "pays" chaque semaine, passant même deux ou trois frontièrees certaines journées ou soirées plus animées... Pendant une quinzaine d'années, de 1972 à 1987 environ, mes conquêtes sexuelles, parfois amoureuses mais de courte durée, se sont multipliées et m'ont permis de me réaliser pleinement comme être humain qui s'assumait et vivait à 100 milles à l'heure, en pleine possession de ses moyens. 

Puis, un jour, on nous a lancé le SIDA en pleine face. Comme un coup de poing inattendu, comme une mauvaise farce qui nous laissait incrédules, insouciants, insensibles à une telle calamité annoncée. Puis les joueurs se sont mis à tomber les uns après les autres sur l'échiquier de nos conquêtes, de nos relations, de nos amours. Puis on a commencé à penser que ça valait peut-être la peine qu'on essaye un peu de s'intéresser au phénomène, de sortir de notre attitude de surhommes invincibles et de chercher à limiter les dégats... On nous a présenté le condom. Pas un médicament. Un préservatif. Parce que le médicament, le vaccin, on l'attend toujours 25 ans plus tard.

Ce fut un choc! Un revirement spectaculaire de la situation. Le Plaisir pouvait nous tuer! La panique a envahi les milieux gais de Montréal. On a presque arrêté de draguer pendant un certain temps.. le temps d'enterrer nos morts et de soigner nos malades qui ne cessaient d'augmenter en nombre. C'est alors que ma bouée de sauvetage est arrivée : un beau jeune coiffeur de 23 ans, comme moi, arrivant d'Amos en Abitibi, avec qui j'ai passé quelques années en région, loin de la grande ville rendue dangereuse et inquiétante.

Au cours des années qui ont suivi, jusqu'au milieu des années 1990, des êtres aimés se sont envolés, souvent seuls et délaissés par leurs proches et leurs familles, après des souffrances énormes et la perte de tous leurs biens et de leurs économies pour pouvoir se "payer" les traitements disponibles à l'époque. Mais le choc le plus violent que j'aie subi, ce fut lorsque mon beau coiffeur d'Abitibi, qui n'était plus avec moi mais pour qui j'avais gardé une profonde amitié, s'est lui aussi éteint après une fulgurante maladie découlant du virus du SIDA qu'il avait contracté. En quelques mois, iil y est passé! C'était en 1994.

Après cet événement, plus rien n'a jamais été pareil à mes yeux. J'ai enfin compris que la farce avait assez duré! Que je ne pouvais plus me comporter comme un imbécile et me faire croire que cela ne pouvait pas m'arriver à moi aussi. Les campagnes d'information et de sensibilisation des organismes spécialisés oeuvrant auprès de la communauté gaie ont fini par nous rejoindre. J'ai même participé à la réalisation d'une de ces campagnes avec MIELS-Québec, par le biais d'une bande dessinée.

Aujourd'hui, avec le recul, je n'ai d'autre choix que de me considérer des plus chanceux de pouvoir être vivant, sain, séronégatif, mais surtout convaincu qu'il ne s'agit que d'une seule occasion pour détruire tout ça! 

En ce 1er décembre 2010, Journée mondiale du SIDA, c'est un moment privilégié pour réfléchir à ce passé fou, mais surtout à cet avenir brillant qui s'annonce, à condition qu'on fasse les bons choix, qu'on accepte de se compromettre individuellement et collectivement dans des actions de sensibilisation et d'information pour que ceux qui s'engagent aujourd'hui dans leur vie adulte puissent en profiter pleinement à l'abri de ce fléau des temps modernes!

J'en suis! 
Et j'en suis fier!

mardi 2 novembre 2010

J'ai le mal de blog!

De tout temps, depuis aussi longtemps que je me souvienne, j'ai écrit... 

Quand j'ai débuté l'école, en 1960, je savais déjà écrire. Quand je suis arrivé au cours classique, au séminaire des Pères du Saint-Sacrement à Valcartier, j'ai commencé à écrire de la poésie. J'y livrais mes pensées profondes mais du même coup, je me projetais dans une sorte de confusion volontaire en adoptant un style éclaté et subtil.

Pendant mes années au Cégep de Limoilou, j'ai noirci des tonnes de feuilles de papier avec mes poèmes, mes travaux scolaires, mes premières proses et mes quelques essais. À l'Université, cette passion pour l'écriture m'a habitée, mais n'a pu se concrétiser, faute de temps et de contexte surtout.

C'est dans les années 77 à 83 surtout que j'ai pu, comme journaliste, m'y adonner allègrement. J'écrivais presque jour et nuit! Un peu plus tard, en politique, mes talents en écriture ont été mis à contribution plus d'une fois. 

Mais c'est l'arrivée des technologies de traitement de texte suivie de celles des ordinateurs personnels, dans les années 85-90, qui ont fait que mon talent pour l'écriture a véritablement pris son essor vers d'autres domaines plus spécifiques et moins habituels : la fiction et l'homoérotisme, notamment.

Au fil des années et de mes voyages, j'ai pris l'habitude de noter dans de petits cahiers mes histoires de vacances, mes rencontres, mes visites, mes découvertes, mes explorations. Au retour, je transcrivais ces notes dans un style romancé ou un récit palpitant.


Depuis plusieurs années. je rêve du jour où je pourrai finalement m'asseoir et m'engager dans une marathon d'écriture pour pouvoir enfin voir au moins une oeuvre de mon cru être publiée. Ce jour approche! Le blog que j'amorce maintenant en sera l'âme inspiratrice et la vigueur énergique nécessaires.


Je reviens bientôt pour entreprendre ce chantier qui promet d'être stimulant et dérangeant!