Faut dire que se réveiller un matin de 7 avril avec un sol couvert de neige au Québec, ça n'a rien de vraiment stimulant. Surtout que par définition, avril est le mois du réveil de la nature, des premiers bourgeonnements, de la sortie de terre des fleurs à bulbes, chauffés par le rayonnement du soleil sur les murets de béton environnants (quand il finit par se montrer et durer quelques jours consécutifs).
Depuis le 1er avril, on a eu droit aux quatre saisons qui se sont chevauchées et parfois même, dans une même journée. Partir au boulot le matin avec les habits et accessoires d'hiver, et devoir planifier le retour avec parapluie et imperméables, ça relève souvent de la magie, ou encore de la fantaisie. Et les enfants partis pour l'école avec leurs vêtements hivernaux, qui devront se priver de récréation à l'extérieur parce que le déluge printanier s'est abattu pendant l'avant-midi, inondant la cour enneigée de la veille.
Au cours des derniers jours, lors de mes déplacements en ville, dans les transports en commun, à l'épicerie, à la pharmacie, même au cinéma, j'ai cru remarquer un sentiment général d'écoeurantite aigue de cette météo désagréable. D'autant plus que les commerçants comme les quincailleries et les centres jardins qui font de bonnes affaires à cette période-ci en temps habituel, avec ceux qui entreprennent des rénovations ou des travaux horticoles, constatent que les clients se font attendre. Autant pour les commerçants que pour les consommateurs, c'est une période d'attente qui rend leur vie bien désagréable.
Et la lune rousse s'éleva...
Du commencement à la fin d'avril, les jours augmentent de 1h40, à savoir : de 57 minutes le matin et de 43 minutes le soir. En avril, la température moyenne continue à s'élever : les pluies, le froid, la neige même parfois, ne nous ont point irrévocablement quittés, et les gelées peuvent compromettre le succès des récoltes qui seraient trop hâtives. Vous connaissez le dicton : « Il n'est si gentil mois d'avril qui n'ait son chapeau de grésil. »
Les agriculteurs appellent lune rousse la lune qui, commençant en avril, devient pleine soit à la fin d'avril, soit au commencement de mai. Ils assurent avoir observé que la nuit, quand le ciel est serein, les feuilles, les bourgeons, exposés à la lumière de la lune, roussissent, c'est-à-dire gèlent alors même que la température de l'air se maintient à quelques degrés au-dessus de zéro.
Écoutons ce qu'en disent les agriculteurs :
Lune rousse, Vide bourse.
L'agriculteur souhaite la pluie pendant la première partie du mois, une chaleur trop hâtive étant considérée comme nuisible. Cependant si la pluie cesse vers la fin d'avril, et surtout s'il n'y a pas de gelées, l'année promet une bonne récolte.
Avril a bien du pain sur la planche s'il veut satisfaire les vieux dictons! Mais consolons-nous, parce qu'après avril, arrivent les beaux mois remplis de promesses : « En avril, ne te découvre pas d’un fil; en mai, fais ce qu’il te plaît; en juin, tu te vêtiras d’un rien ».

