Dans ma tendre jeunesse, passée dans une pas si lointaine banlieue de la Capitale, cette période qui précède la Noël constituait toujours l'une des plus fébriles de l'année, pour tout le monde en général, mais pour moi en particulier aussi! Chez nous, la musique et la chanson étaient des plus présentes. Toute l'année bien sûr, mais encore davantage dans le temps des Fêtes.
Mon père était un baryton qui faisait l'opéra, mais qui était également membre du choeur des hommes de l'église paroissiale. Et moi je faisais retentir ma jeune voix de soprano au sein de la manécanterie qui accompagnait le choeur des adultes lors des grandes cérémonies religieuses, dont la messe de minuit et les autres offices de cette période de réjouissances autour de la naissance du petit Jésus.
Ahhhhhhh! la messe de mnuit! Était-il un autre moment de l'année où mon coeur battait aussi fort, où ma petite cervelle de garçon pré-pubère des années 1960 était plus excitée à l'idée de parader en aube blanche avec capuchon et cordon torsadé à la taille, à travers la grande église toute illuminée qui puait l'encens des grandes occasions et les boules-à-mites des fourrures récemment sorties des coffres en cèdre, pour se rendre au jubé arrière où les grandes orgues de mademoiselle Robitaille résonnaient musette et autres sonorités avant que nous en atteignions les alentours et que le célébrant puisse enfin entonner son Dominus vobiscum pour signaler que la messe était commencée!
Et quand il s'agissait d'entendre mon père s'élancer plus tard sur le Minuit Chrétiens, en solo, et sentir les regards jaloux de tous mes jeunes copains de la chorale lorsqu'il grimpait la note ultime du « Noëeeeeeeeel, voici le Rédempteur », mon sang ne faisait qu'un tour et je voyais des étoiles virevolter devant mes yeux pendant quelques instants, plein de fierté et de reconnaissance de pouvoir vivre des moments aussi exaltants.
Pour moi, Noël, c'était ça! L'adrénaline émanant de toute cette fébrilité alors que nous étions une cinquantaine de garçons, d'hommes et de femmes réunis pour le concert des voix, de l'orgue et des cordes qui s'ajoutaient à l'occasion pour apporter encore plus de décorum à cet événement qui était déjà assez éblouissant sans tout ça, en ce qui me concernait. Quand nous entreprenions les premières notes du cantique « Venez divin Messie », je savais que c'était réellement engagé, que je vivais encore une fois un moment unique que rien ni personne ne pourrait m'enlever ou m'empêcher de l'accomplir.
Tout le reste, les cadeaux, le réveillon, les plaisirs en famille, quoique importants et amusants, c'était pour moi des accessoires et des artifices qui ne m'apportaient jamais autant de satisfaction et de bonheur que ces semaines, ces jours, ces heures passés à répéter et à répéter sans cesse ces cantiques et ces chants glorieux qui me faisaient vibrer jusqu'au plus profond de mon être. L'un des Noëls les plus tristes de mon existence fut d'ailleurs celui où, pour la première fois après plusieurs années, je ne fus pas dans ce jubé avec les autres. Je me souviens même être sorti de l'église avant la fin de l'office, incapable de supporter cette tristesse qui s'était presque transformée en horreur tellement sa signification profonde pour moi était liée à ma participation à cette grande allégresse musicale depuis tant d'années.
Bien entendu, ces sentiments furent de courte durée. J'arrivais à un âge et à un niveau de « connaissance » de la société religieuse, laïque, politique et culturelle, à cause surtout de mes études classiques chez les Pères du Saint-Sacrement, qui m'amenaient à m'ouvrir très large mon esprit, mon sens critique, mais à cause surtout de mes lectures savantes et du plus grand accès aux médias d'information, nous permettant d'avoir une vision plus globale et moins restreinte de la vie et de ses réalités sous toutes leurs formes.
L'instruction judéo-chrétienne de mon enfance a fait place à une éducation pluraliste et multiculturelle qui a modifié à tout jamais ma perception et ma vision de la fète de Noël et, de surcroît, de tout l'enseignement religieux qu'on m'avait imposé en bas âge. Tout à coup, mes yeux, mon coeur, mon âme s'éveillaient à des valeurs, des sentiments et des pensées qui n'avaient rien à voir avec mon engouement pour la messe de minuit des années 60. En pleine Révolution tranquille, ma vie basculait vers quelque chose qui commençait à ressembler à ce qu'elle est devenue aujourd'hui, 40 ans plus tard.
À travers les époques, les bouleversements sociopolitiques, les mouvements culturels et les études collégiales et universitaires, les révolutions socio-économiques et les changements climatiques, une chose est demeurée inchangée : ma foi en moi! À l'aube de mes 16 ans, je crois, alors que je venais de lutter contre une grave méningite qui avait failli m'emporter, j'ai pris l'engagement ferme et je me suis juré à moi-même que rien ni personne, pour aucune considération, ne m'imposerait désormais quelque pensée, processus, projet de société, façon d'être ou de penser que ce soit.
Alors que nos gouvernements de toute taille et de toute allégeance sont en train de perdre toute crédibilité et notoriété en se confondant au travers de pseudos-scandales menés et engendrés par des roitelets de tout acabit, et qu'ils dilapident souvent (pas toujours heureusement) nos taxes et impôts en prétextant défendre nos intérêts et répondre à nos besoins, on cherche toujours ceux ou celles qui vont venir en Messie, entonner un tonitruant Minuit Chrétiens sonnant la fin de la récréation des déficits hallucinants et de l'endettement incontrôlable, pour enfin nous permettre d'espérer un Québec moderne tourné vers un avenir responsable.
Pour ma part, ce qui est sûr, c'est que j'en suis arrivé à une conclusion incontournable et profondément ancrée dans mes convictions : PEUPLE À GENOUX... PLUS JAMAIS!
Alors que nos gouvernements de toute taille et de toute allégeance sont en train de perdre toute crédibilité et notoriété en se confondant au travers de pseudos-scandales menés et engendrés par des roitelets de tout acabit, et qu'ils dilapident souvent (pas toujours heureusement) nos taxes et impôts en prétextant défendre nos intérêts et répondre à nos besoins, on cherche toujours ceux ou celles qui vont venir en Messie, entonner un tonitruant Minuit Chrétiens sonnant la fin de la récréation des déficits hallucinants et de l'endettement incontrôlable, pour enfin nous permettre d'espérer un Québec moderne tourné vers un avenir responsable.
Pour ma part, ce qui est sûr, c'est que j'en suis arrivé à une conclusion incontournable et profondément ancrée dans mes convictions : PEUPLE À GENOUX... PLUS JAMAIS!
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RépondreSupprimerMerci Pierre pour ton témoignage. Je ne peux m'empêcher de penser en te lisant aux nombreux actes inacceptables que les religieux ont perpétré au fil de ces décennies: les cas de pédophilie au Québec. Combien d'enfants du Québec ont subi ce triste sort? Ça aurait pu être toi, ce petit garçon naïf avec sa toge et son missel au cœur de la chorale. Tout comme les nouveaux-nés donnés en adoption pour avoir porté le péché de leur conception hors du mariage. La religion porte des conséquences sérieuses pour avoir eu des attitudes nocives face aux enfants du Québec. On a passé par le confessional pour éponger les gestes des pédophiles et on les a même encouragés puisqu'aucun suivi et aucune action n'était prise pour arrêter les pédophiles. Comme on a passé par le mariage pour punir les enfants nés hors de cette union légitimée par l'Eglise qui est le sacrement de mariage. Un désastre humain pour tous les enfants pris dans de telles problématiques familiales? Maintenant, on dénonce publiquement ces comportements religieux et sociaux irresponsables. Alors moi aussi je te rejoins et j'ajoute: ENFANTS À GENOUX: PLUS JAMAIS!
RépondreSupprimerJ'ai souvent l'impression que le Québec a jeté le bébé avec l'eau du bain! La religion a ses torts mais on a perdu le sens du sacré et des rituels qui, selon moi, nous aide lorsque l'on vit des épreuves. La foi pour moi, c'est de croire en quelque chose ou quelqu'un avec ferveur et de croire en soi c'est la plus belle chose au monde...La plus précieuse sans aucun doute!
RépondreSupprimerBravo Pierre et merci pour ce partage (encore une fois) très inspirant!