Alors que j'étais en pleine rédaction, une idée un peu folle a surgi dans ma tête : écrire et publier un recueil de nouvelles portant sur l'humour chez les LGBT. Pas nécessairement des histoires drôles; mais plutôt des histoires où l'humour joue un rôle prépondérant dans l'intrigue ou dans le dénouement. Parce que disons-le, l'humour a toujours occupé et occupe encore une très grande place dans ma vie au quotidien.
Mon premier texte porte le titre que devrait probablement porter le recueil que j'entends compléter d'ici la fin de 2016 à des fins de publication : " Pas toujours drôle d'être gai! "
Le voici donc en exclusivité, puisqu'il a été lu une seule fois en public, un soir d'août 2015 à la Galerie D de la rue Amherst devant une quarantaine de personnes, mais jamais publié. C'est un texte de fiction, donc une pure imagination de mon esprit.
(Extrait)
Vincent avait la mauvaise habitude de toujours tourner les situations en ridicule. Quand ça devenait trop sérieux, il se sentait obligé de transformer son discours en blague, de faire le clown ou quelque pitrerie de mauvais goût. Je lui avais fait la remarque à plusieurs reprises, mais il faisait la sourde oreille. Il continuait d’agir comme si j’étais le seul à ressentir un malaise à chaque fois. Il disait que je voulais le diminuer aux yeux des autres, lui faire perdre la face.
Pourtant, je lui avais rappelé tant et tellement que la
plupart du temps les gens présents, même ses amis proches, réagissaient à ses
propos par des moues de dépit, des sourires en coin ou des regards entre eux ne
laissant aucun doute sur leur niveau de découragement. Mais Vincent continuait
à prétendre que j’étais le seul à voir ça! Que ses amis eux appréciaient sa
présence et ses interventions.
Encore récemment, lors d’une soirée d’anniversaire d’un
vieil ami où des membres de sa famille étaient également présents, on a vu
plusieurs personnes s’esquiver doucement dans les minutes qui ont suivi le
moment où Vincent a entrepris son petit manège habituel. C’était plus fort que
lui : il fallait qu’il devienne le centre d’attraction du groupe et qu’il
fasse fi de tout ce qui pouvait se passer pour détourner l’attention vers ses saynettes
sans intérêt, parfois dignes d’une soirée de fin d’année d’une classe de
troisième secondaire.
À chaque fois que j’avais essayé d’en discuter avec lui, il
me faisait la même cérémonie, me répétait les mêmes balivernes et m’accusait de
mauvaise foi et de jalousie. C’est pourtant après s’être imaginé, à tort, que
ma popularité au sein de notre groupe était plus grande que la sienne qu’il
avait entrepris d’agir comme ça!
Lorsque j’avais rencontré Vincent au début des années 80,
c’est sa discrétion, sa réserve et son attitude
bon-enfant qui m’avaient séduit. Sans compter qu’il dégageait un charme
fou. Nous étions vite devenus inséparables, au point où nos amis et nos
familles s’inquiétaient si l’un des deux apparaissait quelque part sans
l’autre. Nos intérêts respectifs s’étaient davantage rapprochés et unifiés au
fil des années. Nous avions lancé ensemble une petite entreprise de services
dans le domaine informatique qui nous avait appris également à travailler en
équipe, en plus de partager notre quotidien et de développer une qualité de vie
appréciable.
Voilà maintenant qu’après toutes ces années, alors que le
succès professionnel était atteint, que la sécurité financière était assurée et
que le réseau social était solidement installé, il planait un vent de discorde
qui risquait de nuire à long terme à tout ce que nous avions bâti depuis si
longtemps. Parce que, disons-le franchement, le comportement de Vincent dans le
cadre de nos activités sociales, même professionnelles à l’occasion, devenait
agaçant. J’avais beau vouloir le
supporter et faire preuve de bonne foi et de compréhension, le résultat au bout
du compte était le même : certaines personnes, voire certains groupes
d’amis, avaient commencé à nous fuir, ou à tout le moins à éviter notre
présence.
Nous étions moins souvent invités dans des soirées mondaines et cela
me peinait grandement. Ça ne semblait pas être le cas pour Vincent qui ne
semblait pas conscient outre mesure de la situation. Bref, notre vie sociale et
affective se ressentait grandement de tout cela.
Est-ce que l’alcool avait quelque chose à voir avec la
situation? Même pas. Vincent consommait peu et buvait surtout du vin, toujours
en quantité modérée. Alors comment expliquer qu’il avait entrepris de verser
dans l’humour, ou ce qu’il croyait en être, pour compenser son manque d’estime
personnelle ou le sentiment qu’il était moins intéressant que moi au sein du
groupe d’amis?
J’avais bien l’intention d’en avoir le cœur net et de ne pas
laisser cette attitude détruire tout ce que nous avions bâti depuis 25 ans.
Je
n’allais pas accepter que l’humour détruise l’amour!
(À suivre très bientôt)

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